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IN MEDIAS RES   

V   I   D   E   O

Caspar


Au début ou avant. Une certaine action précède

ou commence l'action actuelle.



In Medias Res, c’est l’idée que la mort nous saisi “au milieu des choses” et que le souvenir débute à cet instant.

Souvenirs fictifs, souvenirs réels, la mémoire aujourd’hui est universelle, éternelle et Internet.

Un processus de création comme celui que j’ai mis en place à partir de cette idée du “top-départ” n’est pas le simple fait d’un concours de circonstances.

La question que je me pose est de savoir à quel moment engager ce processus , sur quelles bases et avec quels outils intellectuels.

Quelle est la nature de cette mémoire collective, est t-elle conscience ? Utopie ?

Je débute une sorte de spéléologie au cœur de la toile virtuelle, tout d’abord en élaborant un abécédaire de recherches au plus proche de mon centre de gravité. Les mots engendrent la pensée qui se répand et m’entraîne vers d’autres interprétations.

Le départ, c’est le début de quelque chose, c’est la course, c’est aussi la mort, la fin de quelque chose.

Que sont tous ces objets photographiques englués dans cette toile infinie, si ce n’est une imagerie contemporaine du temps qui passe, saisi dans un instant, improbables témoignages aux destinataires tout autant improbables.

Et pourtant, je peux commencer à écrire une histoire, composite du grand fleuve à haut débit.

Quelle histoire écrire, si ce n’est par le petit bout de la lorgnette, celle d’un vague sentiment d’une condition humaine réinventée.

Je décompte, les heures, les minutes, les secondes, les mémoires ?

Je signale, les dangers, les directions, les surprises, les arrêts.

C’est parti, la mécanique humaine est en branle, magnifiée par des corps d’athlètes qui n’attendaient que le signal !

Charlie Chaplin nous revient à la mémoire pour régler un peu les pendules, marquer le temps, la mémoire, collective ? Culturelle.

Faire ses bagages, c’est déjà partir, s’évader dans l’imaginaire,

Même les tueurs ont des bagages, et n’échappent pas à la règle, au fardeau de la condition des hommes.

Celui qui se déplace, qui s’en va ou qui arrive, est suspect, tout devrait être immobile, on est loin de l’esprit de conquête, et plus proche de la conquête des esprits, bientôt nos pensées seront scannées pour parfaire le besoin de nous garantir la vie sauve.

Complètement dingues, mais sécurisés.

Il n’est nul besoin d’aventure, l’essentiel étant plus de revenir que de partir. La mort continue d’effrayer, dernière inconnue.

Le plus surprenant étant que l’imagerie qui naît de notre sécurisation est la plus fabuleuse source de représentation de vanités contemporaine...

Tous les moyens ont été mis en œuvre pour améliorer nos transports, il ne manque que la téléportation, mais le fantasme existe bel et bien.

Le lieu de tous les départs, et aussi de toutes les destinations, car l’un va bine souvent de paire avec l’autre, c’est l’origine du monde, telle que Courbet nous la représentait si crûment en 1866 ! Cet “objet de désir” ne cesse encore de défrayer en même temps que d’attiser la convoitise.

À partir de là, le destin, les destins s’engouffrent dans le tuyau de la vie, à fond  la succion pour la survie ! La vie à tombeaux ouverts pour les uns, les deux pieds sur le frein pour les autres, tous dans le trou à la fin, la fin , ou le départ ?!

La mort reste l’enjeu de tous les temps, et l’extrême punition d’une société faite d’homme, reste encore la “condamnation à mort”, le comble de l’impuissance, chacun y étant de toutes façons convié… condamné à vivre éternellement ! Telle serait une sentence des plus terrible.

Revenons au départ de toutes nos vies, fœtus que nous fûmes, comment exprimer au plus fort la notion de départ, si ce n’est que juste avant la naissance, déjà la vie s’émeut ?

Bien avant nous , d’autres frayeurs habitaient des hommes bien moins au courant des nouvelles technologies qui un jour continueraient de porter leurs messages… la peinture pariétale était cependant déjà un moyen de transmettre “l’expérience”, le rapport à la mort certaine, mais aussi à la mémoire. Aujourd’hui, les empreintes modernes et digitales semblent mépriser cette origine ancestrale et symbolique, en lieu et place d’un sentiment toujours de peur, mais cette fois ci des hommes eux-mêmes.

Aborder les départs, c’est aussi le déchirement, les guerres, les mauvais départs, l’humanité la tête à l’envers.

Il y a toutes sortes de départs, des symboles partout se dressent aussi pour résister à l’éphémère, au temps qui ronge, les ”top“ des architectures de tous les temps se dressant dans le ciel, telles des tours de Babel, défiant tour à tour, les Dieux du ciel, les lois de l’apesanteur, de la finance et au final de la vanité.

Tout ce cheminement parcouru en quelques 17 minutes, pour arriver sur un billboard passant en revue quelques 300 drapeaux. Ils représentent à la fois les origines et les destinations, les différences et les ressemblances, la diversité et l’uniformité.

Tout ceci est capté sur internet, parce que je pense que la mémoire doit être mise en forme, qu’elle ne provient que de son rapport à la pensée, à son écriture, à une forme d’historicité, si ce n’est d’Histoire. Internet, n’est qu’un puits sans fond, sorte d’abîme ou tous se jettent, pourvu qu’on y soit vu, cimetière virtuel.

Caspar - 2010

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